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This article was written on 11 Juil 2013, and is filled under Cinéma, Opinion, Tranche de vie.

Ma nostalgie des Ciné-Parcs

Juillet 2013 158Je reviens tout juste de vacances, ce qui explique, entre autre, le silence profond que le début de mon site vient de subir. Mais bon, puisque mon lectorat est probablement inexistant, on s’en fout un peu, non.

Bref, nous roulions depuis des heures et des heures vers l’Acadie lointaine qui allait me réconcilier avec la mer, la nature, la race humaine quand tout à coup j’ai crié dans l’auto. “OH MY GOD UN CINÉ-PARC!” J’ai failli freiner d’un coup sec pour rebrousser chemin et aller tout de suite explorer l’endroit, mais je me suis dit que j’y reviendrais plus tard, pour savourer l’endroit pleinement. Ma soeur, assise à mes côtés, n’a pas été trop surprise… ce n’est pas la première fois que je m’extasie devant un tel endroit.

Près de l’obsession, j’éprouve pour les ciné-parcs une fascination malsaine depuis quelques années. Ça a commencé bêtement, un soir où quelques amis et moi avions envie d’aller voir un film à St-Eustache et que nous avons dû virer de bord parce qu’il n’y avait plus d’électricité pour nous présenter des films…. Dans notre amère déception, nous avons décidé de prendre la route et d’aller voir si nous étions capable d’attraper le deuxième film à celui de Boucherville. En arrivant là-bas, nous avons constaté que l’endroit était désert. Fermé pour l’hiver. Bien qu’intensément creepy, l’endroit avait quelque chose d’impressionnant, d’immense, d’irréel. Deux écrans plus grands que nature qui se tenaient debouts, au milieu de bulle part, sous les étoiles. Notre délire, ce soir-là, nous a porter vers d’autres endroits du genre… Le Ciné-Parc de Joliette, perdu aux milieu des rangs brumeux de St-Ambroise-de-Kent. Le feu Ciné-Parc de Laval, abandonné depuis une décennie, perdu au milieu d’un développement de maison de banlieue. Le Ciné-Parc de Trois-Rivières, fermé, mais illuminé de néons bleu au centre d’une forêt. Nous sommes revenus à la maison au petit matin, sans avoir vu un film, mais avec des paysages hors-normes de cinéma extérieur abandonnés à leur sort dans la nature, des images pleins la tête.

Il y eut, par la suite, d’autres nuits du genre, au Québec, au New Jersey, voir même un road trip de 2 jours en Ontario, à la poursuite de Drive-in thaters, certains fonctionnels, d’autres à l’abandon depuis plusieurs années. Du plus vieux au Canada à celui fermé dans les années 80, chaque endroit m’est apparût aussi fascinant les uns que les autres.

Depuis, c’est comme une habitude. Si je fais de la route, mon regard cherche toujours un écran qui surgirait dans mon champs de vision. Une deuxième nature.

Pure nostalgie? Peut-être. J’ai le souvenir d’avoir 5 ans d’entrer au ciné-parc avec mes parents, couvertures oreillers et popcorn maison sur la banquette arrière pour aller voir Karate Kid 2. Je me rappelle des haut-parleurs en métal, de la buée dans les fenêtres et de ma soeur qui s’endormait avant même le deuxième film. Mais ce n’est pas que de la nostalgie. J’aime encore aujourd’hui me retrouver au ciné-parc, dans mon auto avec des amis. Me retrouver à l’extérieur de la ville, le vent chaud de l’été qui entre dans la voiture et regarder 2 blockbusters bidons traduits en français en mangeant un Pad Thaï. Pouvoir m’allumer une cigarette, un joint en plein milieu d’un film, boire une bière, parler haut et fort sans déranger personne. Regarder les étoiles entre les deux films pendant que les filles sont partis nous acheter des cafés. Encore aujourd’hui, j’aime le ciné-parc, et je ne dois pas être le seul, parce que l’endroit est toujours bondé quand j’y vais. Plus qu’un simple film, c’est un événement, c’est un moment, une soirée, c’est mémorable. Ce n’est pas de la consommation rapide. Aller au ciné-parc c’est un projet. Un souvenir…

Mais aujourd’hui, au Québec, il n’en reste plus que 5.

Les autres ont été abandonnés, fermés faute de profit, parce que le numérique coûte trop cher ou tout simplement parce que les terrains valent beaucoup et que c’est devenu plus rentable d’y construire des Wal-Mart.

C’est surtout pour cette raison que je suis fasciné. Je suis témoin de l’extinction de quelque chose. J’ai besoin de dire que je l’ai vu, que j’y étais, que ça a existé et que c’était plus grand que nature, tout en étant d’une simplicité désarmante. Un grand terrain vague, un immense écran blanc, un projecteur. Mes enfants ne connaîtront jamais cela. Ils regarderont des films dehors sur leur iPad et leurs cellulaires et moi, je leur parlerai d’un temps où nous embarquions dans notre voiture pour conduire une demi-heure pour se stationner au milieu de nulle part et regarder un film en famille. Et ils me jugeront sans doute. Mais au moins, moi, je l’aurai vu.

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