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This article was written on 30 Oct 2014, and is filled under Blog, Tranche de vie.

États d’âme…

Ce soir, j’ai l’âme dans tous ses états.

Je combats mon insomnie à coup de cafés, comme un cave. Je devrais me mettre au décaf, à la tisane, n’importe quoi. Mais j’aime mon café chaud et bourré de caféine, je n’y peux rien. Je suis sans doute immunisé anyway après toutes ces années à m’en gaver.

J’ai envie d’écrire, mais la page immaculée de mon «nouveau document» dans Word me donne la chienne. Je n’ose pas la noircir. Je la regarde, immobile, sans être capable d’y taper quoi que ce soit. Mon clavier me réclame. Et moi, je m’agrippe à mon chat qui me lèche le visage tendrement. Je rejoue You & Me, du groupe du même nom pour une centième fois. Quelque chose dans cette chanson-là me rentre dedans. Peut-être le mélange des deux voix. Peut-être que j’ai juste besoin de m’enivrer de nostalgie.

Mon roman est arrivé dans la plupart des librairies aujourd’hui. Ça devrait me remplir de joie, de fierté. Je devrais avoir envie de le crier haut et fort. Et pourtant, je m’en empêche. Peut-être pour me protéger de futures potentielles mauvaises critiques. Peut-être parce que j’ai juste peur. Peut-être aussi que je ne me remets pas des mots ignobles qu’on m’a dit, il n’y a pas très longtemps… mots qui me trottent encore en tête. Le genre de phrase qui te fait remettre tout en question. Le genre de phrase qui tue l’amitié et la confiance. Le genre de phrase qui me donne envie de ne plus rien dire à personne. Ça m’arrive des fois.

Je ne pensais pas angoisser autant. Il est vrai qu’il y a beaucoup de moi dans les pages de ce roman-là, même si c’est de la pure fiction à 95%. Mais j’y ai mis tellement d’effort, tellement d’émotions. C’est ce qui arrive quand tu écris à la première personne… tu n’as pas le choix de t’investir émotionnellement. Et ça me donne le vertige de penser que je vais être lu. C’est une autre game cette fois-ci. En publiant pour la jeunesse, je me protégeais en quelque sorte. Maintenant, ce ne sont pas mes bébittes d’adolescence que je partage avec les autres: ce sont mes démons d’adultes. Et je n’ai pas encore fait la paix avec eux. Pas totalement. Qui aurait cru que je pouvais avoir autant d’insécurité? Je ne croyais pas être ce genre d’écrivain là…

Je vais avoir 34 ans dans deux jours. C’est sûrement ça.

Chaque anniversaire apporte son lot de remise en question pour moi. Je fais le bilan de ma dernière année, de ma vie. Et même si je suis heureux, même si je considère que je suis à une bonne place présentement, je continue de me concentrer sur ce que je n’ai pas. Mon célibat me pèse. Plus que je ne voudrai jamais l’admettre. Je me vois devenir vieux garçon et ça m’attriste autant que ça me fait rire. Avant, je jetais mon dévolu sur mes amis, ça me servait bien et ça compensait. Ces temps-ci, je me demande où elles sont passées, ces belles amitiés. Je ne me plains pas. J’aime ma solitude, je l’ai toujours aimée. C’est juste que cette semaine, à l’aube de ma fête, elle me rentre dedans comme les accords de la guitare de Dallas Green.

Je commence un nouveau travail demain. Ça aussi, ça me fout la trouille. Pourtant, je suis persuadé que rien n’arrive pour rien, et que j’étais destiné à me retrouver là. Il n’y a pas de hasard. Un côté de moi est emballé par ce nouveau défi, par ces nouvelles rencontres. Ma vie n’en sera que meilleure, j’en suis certain. Mais l’autre côté de moi est triste de tourner une autre page, de quitter des gens merveilleux avec qui je commençais à peine à connecter. Je sais que je ne reverrai jamais la majorité d’entre eux, malgré toutes les bonnes intentions. C’est comme ça la vie. They come and they go. J’aurais voulu, au moins, leur dire au revoir adéquatement. Tout est arrivé si vite. Mais je regarde en avant. Je sais que demain, à la même heure, j’aurai oublié cette vague de spleen et que je serai enchanté par ma première journée de travail, enthousiaste pour l’avenir.

J’ai envie d’écrire. Mais j’ai trop de choses en tête. Le prochain mois va être rempli d’émotions fortes. J’ai besoin de reposer ma tête un peu. Mes douze millions d’idées devront attendre. Ma page blanche va encore être là dans un mois. Dans deux mois. J’ai écrit trois romans en un an. Je pense que je peux me permettre un petit repos. Juste un tout petit, minuscule. Savourer ce qui m’arrive. L’assimiler.

La nuit va être longue. Je pourrais en profiter pour faire ma vaisselle. Mais je pense que je vais rester là, à flatter mon chat, à écouter des tounes déprimantes en fixant l’écran, jusqu’à ce que le sommeil me trouve. Demain, c’est une nouvelle ère qui commence. Ça ira mieux.

 

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