patrickisabelle.com

Information

This article was written on 25 Nov 2014, and is filled under Actualités, Blog, Tranche de vie.

De rencontres et de surréalismes

Un tourbillon.

Il n’y a pas d’autre mot pour décrire l’intense semaine que je viens de vivre. Le genre de moment dont je me souviendrai longtemps, peut-être même toute ma vie, parce que c’est exceptionnel tout cela.

Ça débute un samedi matin pluvieux, plutôt froid. Je quitte Montréal pour m’envoler vers Toronto où je suis gracieusement invité à donner une mini conférence en français sur mon roman Eux dans le cadre des Prix littéraires du Gouverneur Général. Moi, je sais déjà que je ne le gagne pas. Mais qui suis-je pour refuser un voyage toutes dépenses payées en Ontario? Et puis, je suis quand même finaliste, ce qui n’est pas rien. Et puis…. c’est Toronto quand même. Je n’y suis jamais allé.

C’est aussi, ce même samedi matin que je prends possession de l’objet maudit, celui que je redoute depuis des années, celui auquel je tente de résister depuis longtemps… mon téléphone intelligent! Il est beau, tout neuf et shiny et il fait de toubedlidou quand je touche l’écran, c’est magique! Je peux maintenant m’égo-portait-iser à souhait, en tout temps, pour le plaisir coupable de mes followers avides de crunchy. Pire! Je peux désormais publier en direct l’endroit où je suis, ce que je mange, ce que je pense, ce que je vis! Mais bon… Je ne suis pas encore rendu là.

Toronto-2

C’est franchement impressionnant comme ville, Toronto. Jamais autant que New York, mais tout de même. En à peine une heure de vol, j’ai atterri en plein centre-ville avec une vue splendide sur la métropole. Je saute dans un taxi vers mon hôtel, je mange une frite hallucinante que j’achète à un petit food-truck qui traîne par là, je réussis à obtenir ma chambre en avance. Le gros luxe. De ma fenêtre, la tour du CN s’impose et m’impressionne. Je fais une petit somme dans mon lit trop grand, trop mou, trop d’oreillers… et je me dirige vers le Metro Toronto Convention Centre où se déroule Inspire! Toronto International Book Fair.

Toronto-3J’y retrouve Jean-François Sénéchal (qui est aussi finaliste au GG pour son excellent roman FEU au même éditeur que moi. Il me présente India Desjardins avec qui j’ai été jumelé pour la conférence, qui est aussi finaliste pour son album Le Noël de Marguerite. C’est un peu confus de la part des organisateurs, mais les dames sont sympathiques. La gentille Happie Testa nous présente et on présente nos romans devant quelques curieux, sans doute obnubilés par notre français, si rare là-bas. Je suis heureux qu’India passe avant moi et vaguement surpris qu’elle ne soit pas plus connue que ça là-bas. En l’écoutant lire un extrait de son texte, je me dis:  « Vraiment? Je suis payé pour être ici? » Ça me sidère.

Je suis invité à rejoindre J-F et India plus tard au restaurant. J’accepte avec joie, et un peu de soulagement, l’invitation et je me retrouve entouré d’une petite délégation d’auteurs, de bédéistes et de gens du métier du Québec. On mange bien, on boit du vin, on parle de tout, de rien, on rit beaucoup. Je me sens étrangement imposteur, déconnecté, mais je profite. À mes côtés, un auteur de renom me raconte des anecdotes sur sa vie, ça me fait drôle. Je m’amuse quand même. On finit ça au bar de l’hôtel, où mon verre de scotch me coûte plus cher que mon repas au restaurant! Mais ça délie les langues, et je me permets quelques blagues douteuses. Je passe un bon moment. Surréaliste. 

Je me réveille le dimanche matin avec une migraine carabinée! Je n’ai pourtant pas bu tant que ça. C’est horrible. J’arrive à peine à me lever, à penser. Je dois quitter ma chambre pour midi… Je finis par réussir à me tirer hors du lit, à m’habiller et à affronter la ville. Mon vol de retour n’est qu’à 18h30. J’achète des advils, trop cher, au lobby de l’hôtel et je prie pour que ma tête se calme. Je me trouve un café, un taxi et je vais visiter le St. Lawrence market. C’est énorme. Trop! Je ne sais plus où regarder. En même temps, je ne sais pas trop ce que je fais là. J’y reste une quinzaine de minutes et je m’emmerde. Je regrette de ne pas avoir été au Kensington market à la place. Mais bon. Je réalise que je ne suis pas trop loin à pied alors j’erre dans les rues vers l’hôtel. Il y a du monde partout et il fait un froid de chien. Je comprends vite qu’est-ce que tout ce monde-là fait dehors par un temps pareil: c’est la Santa Claus Parade!!! Il se met à neiger. C’est Noël! Ça me fait rire. Je voudrais que ma sœur soit là pour vivre ça avec moi. J’ai froid. J’ai faim. Je regarde un peu les chars allégoriques passer puis je repars. Je me trouve un café douillet où je somnole devant mon café. J’ai manqué la conférence de J-F, trop tard. Ça m’apprendra à vouloir voir le père Noël!

Je récupère ma valise et je tombe sur Jean-François qui s’apprête aussi à partir vers l’aéroport. Il est avec Mélanie Vincelette que je ne connais que de réputation. J’ai aussi lu deux de ces livres. Ça me fait bizarre. Mais elle est sympathique, et intelligente et très vite, j’ai l’impression de la connaître depuis longtemps. À l’aéroport, on discute autour d’un café, on parle de littérature, d’édition. On est un drôle de trio mais ça me fait toujours du bien de parler avec d’autres auteurs qui semble vivre et comprendre mon quotidien. Dehors, la neige continue de tomber à gros flocons, mais mon vol part à l’heure. Adieu Toronto. Je suis content de retrouvé ma sœur à Dorval, de retrouver Montréal, mon chat, mon lit.

CIBL-2Je dors à peine, je me lève, je bois du café. Dehors il fait froid, il neige un peu. Je saute dans ma voiture, je syntonise le 101.5FM pour entendre Aujourd’hui à Lectures et Châtiments, on reçoit l’auteur Patrick Isabelle qui vient nous parler de son dernier roman La danse des obèses. Je suis en ondes dans 25 minutes! Je débarque dans les locaux de CIBL, heureux d’être là, un peu nerveux. Jérémy et Caroline m’accueillent joyeusement. Maxime n’est pas là, aucune nouvelle. C’est dommage, j’aurais aimé avoir son honnête opinion sur mon roman. Mais l’enthousiasme de ses deux comparses me réjouit et l’entrevue se déroule bien. Vite. Ça passe rapidement. J’aime la radio. Je suis content d’être là, de parler de mon nouveau roman. Caro semble avoir aimé, ce qui me soulage. Je respecte beaucoup son opinion et de me savoir dans ses bonnes grâces diminue un peu mes angoisses d’écrivain-jamais-sûr-de-lui.

Ceux qui m’ont manqué peuvent se reprendre en baladodiffusion en cliquant ICI.

Je me retrouve au lancement double des éditions de Ta Mère. Je voulais toujours aller à leurs lancements et ça n’adonnait jamais. Je me suis repris et j’en suis ressorti avec le dernier Mathieu Handfield qui a l’air plus absurde que jamais. J’adore. Ça me permet aussi de rattraper le temps perdu avec mon ami Érik que je ne vois pas assez à mon goût.

Je dors à peine, je me lève, je bois du café. Mardi, 18, 10h00. Je me rends à ligne en vitesse pour constater que c’est Linda Amyot qui a remporté le GG pour son roman Le jardin d’Amsterdam. Elle le mérite amplement et je suis doublement heureux pour mon éditeur qui doit être fier et exalté.

St-MartinJe saute dans ma voiture. Évidemment, je me retrouve dans le trafic, je suis en retard. Je m’en vais à l’école secondaire Saint-Martin à Laval pour rencontrer deux classes de secondaire un qui viennent d’étudier mon premier roman Bouées de sauvetage en classe. Et moi, je suis le clou de leur étape. C’est la quatrième fois déjà que je me rends dans la classe de « Madame » Julie pour aller à la rencontre de mes lecteurs. Chaque fois, c’est un plaisir renouvelé. Ils sont allumés, curieux, impressionnés. Ils posent des questions, chaque fois plus surprenantes les unes que les autres. Je suis choyé. Leur enseignante, Julie, a accroché à mon roman dès a sortie et elle le transmet à ses élèves avec passion. C’est drôlement valorisant pour un jeune auteur. C’est motivant. Les jeunes me réclament une suite à Bouées, encore une fois. J’y songe… des fois.

Après la dernière rencontre, je descends au dernier étage de l’école où Geneviève East et Audrey Julien, deux enseignantes de l’école, font un petit lancement pour leur dernier roman pour ados Dérapages publié chez Vents d’Ouest. Ça me fait plaisir de partager ce moment-là avec elles. Entre auteurs, il faut bien s’encourager et se lire, s’inspirer. Je leur souhaite le succès qu’elles méritent.

Je reste à Laval dans le froid intense. Je me permets une soirée cozy entre vieux amis. Un souper de banlieue. La Cage aux Sports, la partie de hockey, la neige, les fous rires. Je suis bien et ma vie m’enchante. Je m’imprègne.

SLDM-1Le tourbillon continue. Je dors à peine, je bois beaucoup de café, je fume trop. De mercredi à lundi, je passe ma vie entre ma voiture, la Place Bonaventure, la librairie de Verdun et mon appartement. C’est le Salon du livre de Montréal dans toute sa splendeur! C’est aussi, je dois l’admettre, la première fois que j’ai l’impression d’y avoir ma place. J’avais été présent en 2010 pour mon premier roman… mais j’avais passé l’heure de ma séance de signature à fixer le vide, à diriger les gens vers la file pour Michel Tremblay. C’était tout à fait normal en soi. Bouées était un des premiers romans de la nouvelle collection jeunesse de Leméac à paraître, et j’étais complètement inconnu à l’époque. Cette année, avec le petit succès de Eux, le prixdes libraires, le GG, la parution de La danse des obèses, je me sentais un peu moins comme un imposteur. Trois séances de signature prévues, une entrevue splendide avec Catherine Trudeau dans le cadre de Les libraires en coulisse,  une capsule pour Sophielit.com, une rencontre d’auteurs, animée par Elsa Pépin, entre l’invité d’honneur du salon, Max Lobe, et moi… et une visite surprise le lundi, histoire d’aller voir quelques écoles que je visite ou que je visiterai sous peu.

SLDM-3

Beaucoup d’émotion. Pour la première fois, j’ai rencontré des lecteurs, des adolescents qui ont acheté mes romans et qui me demandent une dédicace, mi-gênés, mi-énervés. C’est un sentiment étrange et déstabilisant. C’est au-delà de mes attentes. Cette année, au salon, on me reconnaît, on sait qui je suis. J’ai discuté avec des enseignants, des enseignantes, qui me suivent et qui font lire mes romans à leurs élèves. QuelquesSLDM-4 curieux qui ont osé acheter La danse des obèses, qui me découvrent. Des amis qui sont venus me dire bonjour, en profiter pour acheter mon dernier ou celui qu’ils n’avaient pas encore. Je parle avec mes collègues auteurs de la maison, j’en rencontre d’autres. Les représentants sont là, la pétillante Josée. Je parle avec Philippe Duboé-Laurence, avec Jean Barbe, avec Lise Bergevin, tous ces gens que je respecte, que je révère, que j’admire, qui se réjouissent pour moi, qui m’avouentleur fierté de m’avoir parmi eux. Il est là, le véritable surréalisme. Je suis un auteur. Je suis à ma place. Et même si je flotte sur mon nuage, je garde les pieds sur terre et je me pousse à continuer. J’effleure mon rêve. Je ne le laisserai pas s’échapper. Je suis chanceux. Je suis privilégié. Je le sais.

J’en profite pour faire le tour de kiosques pour dire bonjour au monde. J’en connais beaucoup plus que je ne le croyais! C’est une semaine étourdissante, mais ô combien exaltante. Je pourrais aisément m’y habituer, en redemander. Je voudrais que ce soit toujours comme ça. Malgré le manque de sommeil, la librairie, mes jambes qui me font mal à force de courir d’un côté et de l’autre, malgré tout cela, je n’aurais pu souhaiter une plus belle semaine. Dix journées folles à exercer mon métier, à vivre de mon amour pour les livres, à côtoyer des gens extraordinaires.

Dix jours surréalistes.

Un tourbillon.

SLDM-5

2 Comments

  1. Jacqueline
    25 novembre 2014

    Intéressant ce monde selon Patrick, mais ce qui me fascine le plus et me questionne, c’est comment ça se passe dans la tête d’un écrivain quand il sent ce besoin d’écrire venir. Un jour tu pourras m’expliquer mais c’est peut-être inexplicable. Je te souhaite plein d’inspiration car trouver sa voie et qu’en plus ça fonctionne est un bonheur qui n’arrive pas toujours.

    • Patrick
      25 novembre 2014

      Écrire devient rapidement une deuxième nature. Ça va au-delà du “besoin” d’écrire, c’est une habitude, une routine qu’il faut s’imposer. C’est une discipline. C’est du travail. Évidemment, ça prend les idées, l’inspiration, mais ça, ça me vient relativement aisément. On aura sans doute l’occasion d’en discuter plus longuement un jour. 🙂

Laisser un commentaire

Recent articles

Recent comments