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This article was written on 07 Mai 2014, and is filled under Blog, Tranche de vie.

Danser dans le noir

Je suis chanceux.

J’ai toujours dit, à qui voulait bien l’entendre, que le plus dur dans l’écriture n’est pas d’écrire, mais de ré-écrire, retravailler, ré-analyser. C’est d’ailleurs ce que m’a apporté de mieux l’université. Il faut savoir se juger soi-même, accepter la critique, les commentaires, même les plus horribles, ceux qu’on ne veut pas entendre. Relever ses manches, retourner au manuscrit et recommencer. Il est là le vrai travail. Écrire, pour moi, ça vient naturellement. Le reste, c’est du travail, de l’effort, des nuits blanches à trouver les bons mots, à éclaircir sa pensée. Entre mes premiers jets et mes romans publiés, il y a tout un monde. Il y a beaucoup de sueur. Des chaudières de sueurs. Certaines froides, d’autres jouissives.

Terminer un roman, c’est une sensation étrange. Pardonnez la métaphore douteuse, mais c’est un peu comme un accouchement. Mais une fois sorti, encore faut-il être capable d’élever cette étrange chose à pleine maturité.

J’ai remis mon roman «La danse des obèses» à mon éditeur il y a quelques semaines, dans l’angoisse la plus pénible. Je savais, par le goût amer qui persistait dans ma bouche, que ce n’était pas à la hauteur de ce que je pouvais écrire. Deep down inside, je savais que j’avais tort, que je pouvais faire mieux. C’est comme si je me trahissais moi-même. Il a avait du bon… quand même! Je n’aurais jamais osé proposer 225 pages de pure nullité. Je tiens quelque chose, c’est là devant moi. Mais en cours de route, comme c’est souvent le cas, je me suis perdu. J’ai écris pour plaire. J’ai écris en pensant trop, en analysant. J’ai écris selon les attentes, selon ce que je croyais qu’on attendait de moi. Au lieu de poursuivre dans la direction que je m’étais fixé, j’ai écris dans l’inquiétude de pondre quelque chose de mauvais.

«Retourne écrire, ça marche pas.» Ça fait mal sur le coup. Mais c’est honnête. C’est là que je suis chanceux. J’ai la chance de travailler avec un éditeur formidable, qui n’a pas peur de me dire les choses comme elle sont, d’adorer quand c’est légitime, quand c’est senti et de détester quand ce n’est pas à la hauteur du reste. Il me remet en question, il tente de comprendre, il prend mon cerveau, le fait tourner sur lui-même et me lance des pistes. Il fait de moi un meilleur écrivain en poussant plus loin mon talent. C’est un chance inouïe d’avoir ce genre de relation, et c’est peut-être pourquoi je ne pourrai jamais croire en l’auto-édition. Ce travail d’éditeur-là est non seulement nécessaire, c’est nourrissant pour un auteur. C’est primordial. C’est un travail d’équipe.

Alors je ravale ma fierté. J’accepte la critique. Je remonte mes manches. Et je lui prouve qu’il a raison de croire en moi. Et j’écris, selon mes instincts, comme je l’ai toujours fais. Au bout de tout cela, arrivera bien ce qui doit arriver. Ça ne m’appartiendra plus. Pour l’instant, je retourne danser, dans le noir, avec le sourire aux lèvres.

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